Le Devoir, section Idée, Claude Comtois (L’auteur est professeur émérite de géographie à l’Université de Montréal, conseiller académique du Port de Montréal et spécialiste du transport maritime et portuaire.), 12 février 2026
Un rapport récemment publié à la demande de la Société pour la nature et les parcs (SNAP) sur la situation du Port de Montréal a relancé le débat sur le rôle du transport maritime dans l’économie québécoise et canadienne. Ce débat est légitime. Il mérite toutefois d’être mené sur la base de faits exacts et d’une compréhension fine des réalités portuaires, économiques et climatiques.
Rappelons d’abord un élément central, souvent sous-estimé dans l’espace public. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, près de 80 % du volume et 70 % de la valeur des échanges commerciaux mondiaux transitent par voie maritime. Surtout, le transport maritime demeure le mode de transport de marchandises le moins émetteur de gaz à effet de serre, représentant moins de 3 % des émissions anthropiques mondiales de CO₂.
À l’heure où les sociétés cherchent à concilier prospérité économique et transition climatique, il s’agit d’un paradoxe rarement souligné : le transport maritime est l’un des rares secteurs où efficacité économique et performance environnementale convergent.
La question de la taille des navires illustre bien certaines confusions. Le Port de Montréal peut accueillir des porte-conteneurs allant jusqu’à 6500 EVP, soit plus de 70 % de la flotte mondiale actuelle. Certes, ailleurs sur la planète, la taille maximale de certains navires a augmenté de façon spectaculaire, atteignant parfois 24 000 EVP. Mais ces méganavires sont loin d’être la norme universelle du transport maritime. Leur déploiement dépend d’abord et avant tout de la taille des marchés à desservir. Ils sont concentrés sur quelques grandes routes mondiales, principalement entre l’Asie et l’Europe.
Même des ports majeurs de la côte est américaine, comme New York, ne disposent pas d’un marché suffisant pour accueillir systématiquement des navires de très grande capacité sans multiplier les escales. De surcroît, l’adaptation des voies navigables à ces navires exige des investissements colossaux en dragage et en infrastructures, dont la rentabilité est loin d’être garantie dans tous les contextes. Autrement dit, ce sont les marchés qui attirent les navires, et non l’inverse.



